Le 08 mars marque chaque année la journée internationale des droits de la femmes.
En 2026, le thème choisi par l’Organisation des Nations Unies est:
« Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles «
Lu a contrario, ce thème nous interroge sur les injustices liées au genre féminin. En agriculture et en fonction des époques et des régions du monde, les femmes n’ont pas les mêmes droits dans le domaine foncier que les hommes.
Chiffres clés – femme et agriculture au niveau mondial
- Propriété: Les femmes possèdent environ 15% des terres.
- Population active: Les femmes constituent environ 43% de la population active agricole
- Production: Les femmes réalisent environ 40%¨du travail agricole mondial
- Rémunération: 65% des travailleurs familiaux non rémunérés dans l’agriculture sont des femmes.
Chiffres clés – femme et agriculture au niveau régional
- Propriété: Les femmes sont propriétaires à environ: 13% en Afrique, 12% en Asie, 16% dans les Amériques et 20% en Europe.
- Population active: En terme de main d’œuvre, les femmes constituent environ 20% en Amérique latine et environ 50% en Afrique subsaharienne et en Asie de l’Est.
- Production: En Afrique subsaharienne, les femmes produisent environ 70% de la nourriture.
Il existe donc un écart abyssal entre la participation des femmes au travail agricole et leur accès à la propriété.
Qu’est-ce qui justifie la forte implication des femmes au travail agricole et la faible prospérité des femmes en agriculture ?
- Difficulté d’accès au crédit agricole
- Faible accès aux services de vulgarisation et à l’éducation technique spécifique et qualitative
- Législations foncières en défaveur des femmes
Les législations qui pénalisent les femmes dans le domaine agricole
Les législations qui entravent les droits des femmes en matière agricole sont multiples.
1- Tout d’abord, il existe des lois successorales et des lois coutumières qui empêchent les femmes d’hériter pleinement de terres agricoles.
Exemple:
En Ouganda, le Succession Act est une loi qui reconnait le droit des veuves à l’héritage des terres agricoles (dans une moindre mesure). Toutefois, il est concurrencé en pratique par la coutume, qui elle, limite l’héritage des veuves et les terres agricoles qui sont généralement transmises au parent masculin le plus proche. En effet, après le décès de leur mari, ces femmes se retrouvent donc sans sécurité concernant la reprise de l’exploitation agricole, même si elles travaillaient dessus avant leur veuvage.
2- Il existe également des législations qui, de part leur prisme aligné sur un patriarcat fort et effectif, nuancent la part de responsabilité des femmes dans le domaine agricole.
Exemple:
Au Mali, le Code de la famille consacre la notion de chef de famille (article 319) et l’obéissance de la femme à son mari (article 316) ce qui, dans les faits, donne aux femmes un accès à la terre, mais généralement pas le contrôle, et encore moins la propriété réelle de la terre. Le mari étant le chef, il est le principal décisionnaire dans le ménage, ce qui peut affecter les décisions dans la gestion de l’exploitation agricole familiale.
3– Enfin, on peut également considérer que les législations religieuses (ou leur interprétation) comme se montrant limitatives des droits fonciers des femmes.
Exemple:
En Gambie, les règles de droit personnel local sont soumises aux règles de la charia (loi islamique) car la Constitution du pays reconnait la charia pour le droit personnel des musulmans (mariage, divorce, succession) et le pays à une population très largement composé de personnes de confession religieuse musulmane.
Les lois applicables dans ce pays ont tendance à limiter l’accès des femmes à la propriété foncière et ce par exemple dans le cadre d’une succession où une fille héritera généralement de la moitié de la part d’un fils et où les membres masculins de la famille peuvent également recevoir une part.
Aussi, même lorsqu’elles sont agricultrices, elles travaillent généralement sur la terre de leur père, frère ou de leur mari et sont rarement propriétaires.
L’avis de SEPHORAGRO
La mise en exergue en vue de la réparation des inégalités dans les droits des femmes en agriculture est un enjeu mondial pour une raison simple: sans femme, l’agriculture mondiale se mourrait et ce, notamment dans de nombreux pays dits « du Sud global » où l’agriculture vivrière est encore celle qui prédomine et qui permet de nourrir les populations en produits sains, non ultra-transformés et en circuit court.
Paradoxalement, force est de constater que ce sujet n’a été pris au sérieux que très récemment, hélas.
En France, ce n’est qu’en 1961 que le mot « agricultrice » est apparu dans le dictionnaire Larousse et ce n’est qu’en 2011 qu’il y a eu l’instauration du Groupement agricole d’exploitation agricole en commun (GAEC) entre époux.
Des progrès sont encore à faire pour assurer aux femmes des droits équivalent à ceux des hommes dans le domaine agricole, que ce soit au niveau des revenus, au niveau de la prise de décision dans la vie de l’exploitation, mais aussi en matière de transmission des exploitations.
A noter que le média SEPHORAGRO a été créée par une femme franco-béninoise et juriste agricole (APITHY Séphora) et il s’inscrit dans une dynamique de valorisation du savoir-faire et des connaissances des femmes dans le milieu agricole.
Réflexion collective
- Que pensez-vous de ces données ?
- Comment améliorer la condition féminine dans le domaine agricole ?
- Donnez des exemples d’initiatives qui visent à rétablir la justice pour les femmes dans le domaine agricole.
APITHY Séphora
Juriste spécialisée en droit de l’agriculture et des filières agro-alimentaires
Auteure de l’ouvrage Des Mots d’Agriculture et de Culture (disponible sur amazon.com)

Sources:
- FAO – Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture
- Banque Mondiale
- OCDE – Organisation de coopération et de développement économique
- ONU – Organisation des Nations Unies
- Code malien de la famille
- Succession Act ougandais
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